back

soleil.jpg

ECO-VIE asbl
34 rue de l’Oratoire
7700 Mouscron
056/337213
Eco-vie@skynet.be
http://www.eco-vie.be

Conference de presse

image

 

 

28/01/2009

Rapport d’une année d’activité du réseau de vigies de l’entité de Mouscron

 

En septembre 2007, démarrait dans l’entité de Mouscron, à l’initiative d’Eco-Vie et avec le soutien de la fédération Inter-Environnement Wallonie, un réseau de vigies.    
Pendant un an, ce sont 50 « nez » qui ont noté jour après jour, ce qu’ils sentaient « bonnes » ou « mauvaises » odeurs.
Toutes ces données ont été encodées par nos soins et par IEW pour enfin être analysées par un labo indépendant « Odometric ».
C’est cette analyse que nous vous livrons aujourd’hui.

Conférence de presse
RESEAU DE VIGIES de l’entite de Mouscron

HISTORIQUE

Cela fait plusieurs années que les riverains des zonings se plaignent de nombreuses nuisances tant olfactives que sonores.
Cela fait plusieurs années qu’ils se plaignent de ne pas être écoutés.
Cela fait plusieurs années que nous les accompagnons et c’est à l’initiative d’un membre d’Eco-Vie qu’a surgi l’idée d’un réseau de vigies. En effet, cette dame avait entendu un reportage sur un réseau de « nez » mis en place par la municipalité du Havre. Chaque jour, des volontaires notaient à des heures précises les odeurs qu’ils sentaient et les relevés étaient ensuite analysés afin d’identifier la source olfactive dans le but bien entendu d’améliorer la situation. Et cela marchait … Si cela marchait au Havre, pourquoi pas à Mouscron ?
Eco-Vie s’est donc renseignée un peu plus sur cette possibilité et après contact avec Inter-Environnement Wallonie, qui suivait avec nous les nuisances des zonings mouscronnois, et plus particulièrement avec Marie Cors, nous avons décidé de mettre sur pied notre propre réseau de vigies.
C’était en septembre 2007. Au départ, nous avions imaginé un tableau, élaboré sur base d’un modèle et adapté à nos besoins par l’un de nos vigies et une vingtaine de vigies se sont mises au travail, relevant à différents moments de la journée les différentes odeurs.
En novembre 2007, quelques vigies partaient suivre une formation à Arlon au labo d’olfactométrie dépendant de l’Université de Liège. C’est là que Julien Delva et Jacques Nicolas ont encadré notre travail, nous permettant de travailler de façon plus « statistique » afin que nos données soient exploitables « scientifiquement ».
En janvier 2007, une seconde version de nos tableaux voyait le jour pour encore plus d’efficacité de notre réseau.
Fin septembre 2007, soit un an après le début de notre activité, nous décidions l’analyse de notre travail et donc son financement.
Car forcément, il fallait trouver de l’argent. L’analyse des 4 premiers mois, soit de septembre à décembre 2007 (qui avaient en quelque sorte servi de galop d’essai) et qui portait alors sur les observations de 31 vigies, avait été financée par IEW, les 8 mois de 2008 (de janvier à fin août) ont été financés par notre association. Cette seconde analyse est basée sur les observations de 50 vigies dont 38 actives.
Certaines vigies sont régulières (c.-à-d. qu’elles notent au moins deux fois par jour une observation), d’autres sont ponctuelles (c.-à-d. qu’elles contactent Eco-Vie pour signaler une nuisance précise à un moment précis).

 

Synthèse de l'analyse des données recueillies par le réseau de riverains-vigies autour du zoning de L’ENTITE MouscronNOISE de septembre 2007 à août 2008

Éléments de contexte
1.         Une odeur peut être reconnue (odeur de purin par exemple) et on peut en évaluer son intensité (odeur forte, odeur faible etc.). Mais pour parler de nuisance odorante, deux notions se combinent : l'intensité et le temps d'exposition. Le temps d'exposition est souvent exprimé sous forme de pourcentage du temps de perception des odeurs sur une année complète. C'est pour permettre de chiffrer ce temps de perception qu'un réseau de vigies a travaillé à Mouscron.
2.         Un réseau de 50 vigies s'est mis en place progressivement à Mouscron depuis septembre 2007 pour « observer » les odeurs. La coordination du réseau et l'encodage des données ont été gérés par l'asbl Eco-Vie. La démarche a été, depuis le départ, suivie par la Fédération Inter-Environnement Wallonie, qui s'est également chargée du prétraitement des données.
3.         La société Odometric, en collaboration avec l'Université de Liège, a analysé les données objectivement et de manière totalement indépendante.
4.         Les riverains qui ont accepté d'être vigies se sont prêtés à un exercice rigoureux ayant permis de récolter plus de 22000 observations.  Le réseau a développé une expertise en travaillant la description de l'intensité de la perception, sur une échelle allant de 0 à 6, et l'identification du type d'odeur parmi une liste de référents.
5.         La liste de référents est des odeurs différentes répertoriées par les riverains. Ces multiples odeurs correspondent à la réalité des sources du zoning. Nos zonings sont à ce propos remarquables par la présence en grand nombre d’entreprises susceptibles d’être des sources potentielles de nuisances. Cependant, pour permettre un traitement des données, il a été nécessaire de limiter le nombre de référents. Le réseau s'est accordé sur une liste de 14 référents, permettant de « ranger » toutes les odeurs reconnues dans l'une ou l'autre catégorie sans ambiguïté. Une catégorie « indéfinissable » existe en outre pour les cas où l'odeur n'est pas identifiable.

Principales conclusions du rapport d'Odometric :


1.         Le travail des vigies de Mouscron est exceptionnel et valorisable. Les aspects humains d'un tel réseau (observations dépendantes de la présence et/ou de la disponibilité des observateurs) rendent impossibles certains traitements statistiques qui requièrent des bases de données plus complètes. Dans un tel cas, le traitement des données doit toujours tenir compte d'informations manquantes.
2.         L'objectivité des données est attestée par l'analyse des « roses d'odeurs ». Les observations d'odeurs sont combinées aux données météo (vitesse et direction du vent notamment) ce qui permet de tracer un graphe qui pointe dans la direction des sources de l'odeur.
3.         L'indice de nuisance tient compte du temps de perception et de l'intensité moyenne de l'odeur ; c'est le paramètre clé à suivre  au cours du temps pour  évaluer si la situation s'améliore ou s'aggrave. L'analyse des données a montré que l'indice a augmenté de janvier à avril 2008, pour diminuer ensuite jusqu'en juillet et augmenter à nouveau en août.
4.         L'analyse de l'exposition aux odeurs a montré une diminution de l'impact le week-end et particulièrement le dimanche, ce qui est peut-être lié à une baisse de l'activité des entreprises.
5.         Le temps de perception moyen autour du zoning est de 17%. Ceci signifie qu'au moins une odeur était perçue pendant 17% du temps. La nuisance est donc bien présente.
6.         Les zones les plus touchées sont les zones B1 (qui sont des clos proches du zoning et situés au Sud du zoning agro-alimentaire du Portemont) et E (habitations situées à hauteurs différentes dans la Chaussée de Tombrouck) tant en termes de fréquence que d'intensité. Dans la zone C (ce sont les vigies flamandes au Nord du zoning du Portemont), c'est surtout la fréquence à laquelle on y sent des odeurs, qui est remarquable.
7.         L'odeur la plus citée, dans toutes les zones, est : pommes de terre – frites (22%). Celles qui viennent après sont : Odeur chimique – Oléochimie – Lanoline (12%) et Tourteaux – Huiles de lin – Savon (12%) et cadavres d'animaux (11%).

Conclusion :

Notre réseau de vigies a donc contribué à prouver scientifiquement que les riverains des zonings subissent réellement des nuisances importantes. Ces nuisances ont été objectivées et c’était important de le faire pour que leurs plaintes soient prises au sérieux.
A ce jour, 51 vigies régulières et 9 vigies ponctuelles ont travaillé à récolter des données.
Le travail de collecte des données a été stoppé depuis le 1er janvier 2009 sauf pour les vigies dottigniennes qui ont estimé devoir continuer vu l’augmentation de leur effectif (de 2 vigies à fin décembre 2007, nous sommes passés à 4 à fin août et à 8 à fin décembre 2008).
Hier soir, nous avons présenté au sein du Comité d’Accompagnement des Zonings la teneur du rapport d’Odometric et nous avons examiné avec eux les perspectives d’avenir de notre réseau.
Dans ce contexte, il est important de noter que notre réseau intéresse actuellement la police de l’environnement de Namur, le Ministre Lutgen. Eco-Vie a donné son accord au labo Odometric pour qu’il puisse leur présenter notre travail. Notre réseau pourrait ainsi servir de modèle à d’autres réseaux qui se mettraient éventuellement en place ailleurs en Région wallonne.
Si l’analyse a été réalisée jusqu’à fin août 2008, il est à souligner que les relevés d’odeurs existent jusque fin décembre 2008. Il était donc important pour notre association de savoir si ce travail représentait un intérêt pour la Commune, pour la Police de l’environnement. Cet intérêt nous a été confirmé hier soir et nous avons d’ailleurs été félicité pour la densité et le sérieux de notre travail. Reste maintenant à trouver un financement pour terminer l’analyse des 4 derniers mois afin d’avoir les résultats de toute l’année 2008.
Et au-delà de ça, notre réseau est d’accord de continuer à être des auxiliaires de la Police de l’environnement et des autorités compétentes, des auxiliaires de terrain, sur place « nuit et jour » et rapidement puisque riverains des zonings afin, par exemple, de pouvoir noter l’évolution dans le temps d’une nouvelle technologie apportée à une entreprise, pour examiner l’impact éventuel d’une nouvelle extension. Cette collaboration pourrait s’avérer fructueuse à la fois pour les autorités compétentes, mais également pour les entreprises qui pourraient ainsi, peut-être, mieux cerner l’origine d’un dysfonctionnement et donc y remédier. Cela permettrait bien entendu aux riverains, mais aussi aux habitants de l’entité de Mouscron, de vivre dans un environnement plus sain et où en tous cas, moins de gênes olfactives et sonores seraient ressenties, car si le labo Odometric a analysé les données olfactives, ne perdons pas de vue que les données existent, également, pour les nuisances sonores.

Au-delà de l’aspect statistique du travail du réseau de vigies, il est à notre sens important de souligner l’évolution pendant 1an1/2 du réseau.
En effet, pendant tous ces mois, les vigies ont appris à se connaître, à se sentir sans doute moins seules dans leurs démarches. Le réseau s’est réuni plusieurs fois pour essayer d’optimaliser la façon de noter nos observations, nous avons réfléchi ensemble, sur base des conseils de Julien Delva et de Jacques Nicolas, pour trouver « le » tableau idéal qui permettrait « la meilleure statistique » possible et par là même optimaliserait l’analyse des données.
Tout ce travail a permis de constituer un véritable réseau cohérent, de passer au-dessus du phénomène Nimby, à mieux cerner encore la difficulté d’être riverain et de subir des nuisances à répétition. Il a certainement permis aux vigies d’être « acteur » du réseau et à ce titre d’être pris au sérieux.
Eco-Vie et la fédération Inter-Environnement Wallonie sont fiers de ce travail citoyen.

 

back